Comprendre les lacs dans un climat changeant
par Clara Casabona Amat

Pourquoi s'intéresser aux lacs québécois ?

Le Québec, avec ses 500 000 lacs, est l’une des régions les plus riches en eau douce au monde. Ces lacs couvrent une grande partie du territoire et sont bien plus que de simples paysages : ils abritent une riche biodiversité, participent à la régulation du climat local et soutiennent nos loisirs, comme la pêche ou la baignade. Ces milieux sont néanmoins sensibles.

La température des plans d’eau a beaucoup d’incidence sur les écosystèmes aquatiques, car en plus d’affecter la physicochimie (e.g. l’oxygénation), les espèces ne peuvent utiliser de stratégies d’évitement lors de conditions défavorables, comme il est fréquent à la surface (ex. hibernation ou inactivité de jour). L’eau étant moins suivie par les météorologues que l’air, il était essentiel de mettre un tel suivi en place.

Avec les changements climatiques, la température de l’eau de certains lacs augmente et l’oxygène diminue, menaçant des espèces comme le touladi, un poisson emblématique des eaux froides québécoises. Comprendre l’avenir de nos lacs passe par l’étude de ce qui se déroule sous leur surface.

Déploiement d’une chaîne de thermographes

Photo : Déploiement d’un thermographe

Des milliers de mesures, jour et nuit

Afin de mesurer les effets du climat sur nos écosystèmes aquatiques, le Réseau de suivi de la biodiversité du Québec a installé des thermographes dans 18 lacs aux caractéristiques variées (taille, profondeur, etc.) à travers la province. Ces appareils, placés à différentes profondeurs, mesurent la température toutes les heures, jour et nuit, pendant au moins cinq ans.

Selon le lac, entre 2 et 14 thermographes ont été installés, ce qui représente jusqu’à 122 640 mesures par an, par lac. Cette quantité de données permet de suivre les dynamiques thermiques saisonnières des lacs de la province, et ainsi d’appréhender et de comprendre les changements chez les espèces qui y vivent.

Le thermographe situé à environ trois mètres de profondeur est également muni d’un capteur de pression, ce qui permet de suivre les variations du niveau d’eau au fil du temps. Pour interpréter correctement ces fluctuations, un second thermographe placé à l’extérieur du lac enregistre la pression atmosphérique et la température de l’air. La comparaison entre la pression mesurée sous l’eau et celle relevée à l’extérieur permet d’isoler les véritables changements du niveau d’eau, indépendamment des variations de pression atmosphérique, offrant ainsi un suivi plus précis des effets du climat sur les lacs.

Installation chaîne de thermographes

Installation chaîne de thermographes

Que se passe-t-il sous la surface ?

Les lacs sont des écosystèmes vivants et dynamiques, façonnés par les saisons.

En été, le rayonnement solaire crée trois couches distinctes : une couche chaude en surface (épilimnion), une zone intermédiaire où la température chute rapidement (thermocline), et une couche froide au fond (hypolimnion) caractérisée par une diminution progressive de l’oxygène durant l’été. Pour chacune des couches une augmentation de la température de l’eau diminue la solubilité de l’oxygène dans l’eau, en plus d’augmenter l’activité microbienne donc plus de consommation d'oxygène.

Au printemps et à l’automne, la température de l’eau devient plus homogène, ce qui permet le brassage naturel des eaux de surface et des eaux profondes. Ce phénomène permet la redistribution de l’oxygène vers les profondeurs et des nutriments vers la surface. Ce brassage est important pour maintenir la santé de l’écosystème lacustre, car il soutient les cycles de vie des espèces aquatiques. Une période de brassage trop courte risque d’entraîner une mauvaise répartition de l’oxygène et des nutriments, affaiblissant ainsi la biodiversité.

En hiver, la glace empêche le vent d’agiter l’eau et de favoriser ce mélange. L’oxygène diminue progressivement sous la surface, jusqu’à ce que le cycle redémarre au printemps.

Et pourquoi la température reste-t-elle stable en profondeur ?

Schéma de la dynamique saisonnière d’un lac

Illustration : Dynamique des lacs d’altitude (source : Wikimedia Commons).

Lacs suivis au Québec

Chaque lac présente une dynamique propre, influencée par sa profondeur, son environnement et le climat. Pour 18 des lacs suivis par le Réseau de suivi BdQc, les données disponibles permettent de dresser un portrait. En cliquant sur un point de la carte, vous accédez à des données détaillées qui vous permettront de :

Ce suivi constitue un outil concret pour orienter les actions de conservation et évaluer la vulnérabilité des lacs face aux changements climatiques. Il fournit une base scientifique robuste pour comprendre les transformations en cours, anticiper leurs impacts et soutenir des décisions éclairées en gestion des milieux aquatiques.


Ces changements, bien que parfois subtils d’une année à l’autre, s’accumulent et modifient progressivement les conditions de vie des organismes aquatiques. C’est ce constat qui pousse les scientifiques à aller plus loin : peut-on prédire ce qui nous attend?

Résultats globaux des lacs

Aperçu agrégé des températures et du brassage printanier à l’échelle de l’ensemble des lacs suivis

À partir de l’ensemble des séries de thermographes installés dans les lacs suivis, on peut examiner comment les températures et la dynamique de brassage ont évolué au fil des ans.

Ces données permettent de se demander :

  • Observe-t-on des tendances mensuelles de réchauffement à différentes profondeurs ?
  • Les dates de début du brassage printanier sont-elles devancées ?
  • La durée totale du brassage tend-elle à diminuer ?
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